Les start-up françaises ont réuni près de 855 M Euros en 2013

Animé par 222 tours de table l’an passé, le capital-risque tricolore reste animé par l’amorçage et l’early-stage. Afin de soutenir les jeunes pousses dans la durée, la puissance publique met le paquet.

Il y a du vent dans les voiles des VCs. A l’échelle mondiale, ils ont battu des records d’investissement. D’après les données publiées par Private Equity Intelligence (Preqin), ils ont financé près de 6 000 tours de table en 2013, pour un montant cumulé de 46 Md$. Si l’Amérique du Nord concentre toujours l’essentiel de l’activité (62 % en volume et 68 % en valeur), l’Europe a effectué une percée remarquée. Elle a été le théâtre de plus de 1 350 transactions de capital-risque, soit 8 % de plus qu’en 2012. Elle inscrit ici un record historique, sachant qu’elle avait touché le fond en 2009, avec 916 tours de table au compteur. Mais tous les territoires qu’elle recouvre n’ont pas été logés à la même enseigne.

Le booster Allemand

« Depuis deux ans, les start-up du Web ont pris un essor considérable en Allemagne, qu’il s’agisse de sociétés germaniques ou de sociétés étrangères venues s’installer dans le pays », souligne Nicolas von Bülow, fondateur du leveur de fonds Clipperton Finance. Plusieurs facteurs sous-tendent cette progression et l’attraction de la capitale berlinoise : potentialités représentées par le marché intérieur allemand, coûts du travail et de la vie attractifs compte tenu des réformes structurelles engagées, situation géographique proche du « bassin scandinave » qui regorge de pépites « techno », sans compter le côté « in » de la ville. Berlin n’est ni plus ni moins devenu en Europe ce que le Lower East Side est à New York, sur le front des start-up. D’ailleurs, les grands VCs anglo-saxons ne s’y sont pas trompés. « Un certain nombre d’entre eux (NDLR, Sequoia Capital, Index Capital, Union Square Ventures, etc.) ont récemment fait des investissements significatifs dans un marché où les fonds locaux sont peu nombreux », poursuit-il. Le Royaume-Uni a également maintenu le cap : grâce aux collectes menées par l’opérateur Truphone (119 M$) et par le spécialiste des réseaux de fibres optiques Hyperoptic (79 M$), il figurait à deux reprises dans le classement des cinq plus gros tours du premier semestre 2013, publié par Clipperton Finance et Digimind dans le cadre de l’étude « Who got founded ». Un palmarès dominé par le e-commerçant russe Lamoda (130 M$), par le spécialiste finlandais du jeu Supercell (130 M$) et  par l’espagnol Softonic (109 M$). Vous l’aurez compris, l’Hexagone est le grand absent de ce tableau de chasse.

23 tours de plus de 10 M Euros

L’an dernier, il a abrité 222 tours de table, pour un total de 854 M euros. La pente ascendante enclenchée en 2011 se confirme (cf. graphique). Mais seulement 10 % des deals (soit 23 précisément) se sont noués pour un montant unitaire supérieur à 10 M euros. Parmi ceux-ci figurent un certain nombre de stars tricolores, bien connues des VCs : Crocus Technology (34 M euros), Talend (29 M euros), SuperSonic Imagine (28 M euros), Genticel (18 M euros), Theravectys (15 M euros), TalentSoft (15 M euros), Vestiaire Collective (15 M euros), etc. Sans oublier les pépites cotées en Bourse, à l’instar de Valneva, issu de la fusion entre les biotechs française et autrichienne Vivalis et Intercell, qui a bouclé une levée d’une quarantaine de millions d’euros. Au final, le millésime 2013 fait certes mieux que son prédécesseur en volume (13 tours supérieurs à 10 M euros), mais moins bien en valeur. Car, en 2012, Deezer (Odyssey Music Group) avait levé 100 M euros, Stentys et Criteo avaient respectivement collecté 36 et 30 M euros et Spartoo avait réuni 25 M euros. « Ce que l’on peut qualifier de gros tours de table en France évolue dans la fourchette des 25 à 30 M$. Ce sont de belles opérations de growth equity, mais relativement rares et peu visibles au niveau international », déplore Nicolas von Bülow.

Rôle-pivot du FNA

Et pour cause, le venture hexagonal reste celui des premiers tours et de l’amorçage. L’early stage et le seed capital représentent 50 % des tours de table conclus en 2013. Ils « plombent » le ticket unitaire moyen, négocié tous stades de développement confondus, à 3,85 M euros (dans la lignée des 3,7 M euros constatés en 2012). Cet ancrage dans les tours de série A est lié à la structure même du paysage des VCs. Le plus gros véhicule levé en 2013 et dédié au venture capital n’atteint pas la barre des 200 M euros. Sous l’égide d’EdRIP, BioDiscovery 4 frôle tout juste cette ligne de flottaison, avec 192 M euros en poche (cf. clavier). Il convient aussi de prendre la mesure du rôle-pivot que joue Le Fonds national d’amorçage (FNA). En juillet 2013, ce dernier avait annoncé avoir déjà distillé 230 M euros (à treize véhicules), depuis sa création, en 2010 – sachant qu’il est doté de 600 M euros d’engagements. La puissance publique ne s’arrête pas là. Dans le cadre du programme d’Investissements d’avenir, a été annoncé le lancement d’un fonds de fonds de 590 M euros, afin de soutenir des GPs à mi-chemin entre le venture et le « cap-dév ». Sur le front de l’investissement direct, bpifrance a dopé le coup d’envoi au fonds Large Venture, doté de 500 M euros, fin 2013.

Vers un cluster de PME ?

Autour de toutes ces initiatives, se pose une seule question : que vont devenir les start-up tricolores qui ont bénéficié d’un financement en early-stage ? Les fonds privés français n’ont pas nécessairement l’envergure voulue pour suivre tous les tours de table. Les VCs étrangers ne se bousculent pas au portillon d’un écosystème caractérisé par son instabilité juridique et fiscale. La place financière française n’est que l’ombre d’elle-même. Sequans et Criteo ont d’ailleurs décidé de se coter de l’autre côté de l’Atlantique, respectivement en avril 2011 et en octobre 2013. Ce n’est pas le tout de faire une IPO, encore faut-il se plier aux contraintes de la Bourse… sous peine de subir le triste sort connu par pléthore de PME qui ont alimenté, il y a quelques années, un flux d’introductions… avant de retourner à la case départ à la faveur d’un P-to-P. Ce bilan en demi-teinte ne doit pas masquer une réalité : « Un ensemble de sociétés de la Ònouvelle économieÓ commence à faire émerger un cluster de belles PME (Iliad, Criteo, vente-privée.com, Talend, TalentSoft, Sequans, etc.) et crée un bassin de résonance qui facilite l’émergence de nouvelles start-up, notamment par voie de spin-off », conclut Nicolas von Bülow.

Les fonds menés par des VCs en France en 2013 :
– BioDiscovery 4 : 192 M€
– Partech Int. (Partech VI) : 130 M€
– Alven Capital : 120 M€
– Serena Capital : 100 € (1er closing)
– Indvest Partners (Digital Fund II) : 60M€
– Seventure Partners : 62 M€ (1er closing)
– GO Capital Amorçage : 57 M€
– Fonds AFM-Téléthon, FNA : 50 M€ (closing intermédiaire)
– KLS Partners (Kurma Bio Fund) : 44 M€ (1er closing)
– Auriga Partners : 40 M€ (1er closing)
– IT-Translation : 30 M€ (closing intermédiaire)
– Partech Int. (Partech Entrepreneurs) : 30 M€
– Breega Capital : 13 M€ (1er closing)

– Axa Seed Factory : 10 M€ (d’Axa) – en cours

Par Emmanuelle Duten