Exclusif : les start-up françaises ont franchi la barre de 700 M euros de collecte au 30 juin

Les p.i.p.e. de Viadeo, Pixium Vision ou encore McPhyEnergy tirent les statistiques à la hausse. A 20,75 M euros, le tour de table de Voluntis reste la plus grosse opération de private venture du semestre.

Les start-up françaises sont en passe d’inscrire un record. Selon les données de Capital Finance, elles ont levé pas moins de 700 M euros sur les six premiers mois de l’année. Un score qui dépasse – et de loin – les statistiques en année pleine observées depuis plusieurs millésimes. En un semestre, les jeunes pousses tricolores auront réuni plus de fonds que sur les entières années 2010 (690 M euros), 2011 (535 M euros) et 2012 (688 M euros). La raison, on la connaît : le dynamisme des marchés boursiers, qui ont permis de faire tourner à plein régime la « machine » IPO et p.i.p.e.

14 IPO et p.i.p.e depuis janvier

C’est en mars 2014 que le financement des pépites françaises a vraiment changé de paradigme. Les deux premiers mois de l’année ont été marqués par un grand nombre de tours de table (une quinzaine en janvier et février respectivement), mais pour des montants très faibles. La preuve, Spark Racing Technology a conclu la plus grosse levée de janvier, avec une dizaine de millions d’euros à son actif. En février, c’est Cellectis Biosearch – filiale de la biotech du même nom – qui a tenu la corde, avec un tour de 3,5 M euros entièrement souscrit par CDC. C’est tout dire. En mars, les choses changent de manière radicale. Les p.i.p.e prennent le relais : McPhyEnergy (32 M euros), Nanobiotix (28 M euros), Genomic Vision (23 M euros), Cellectis (20 M euros) et Onco Design (13 M euros) ouvrent le bal. Pour un peu, le premier tour de 18 M euros signé par Inotrem et celui de série C conclu par Sigfox Wireless (15 M euros) passeraient inaperçus. En avril, les p.i.p.e sont éclipsés par les introductions en Bourse. Bien sûr, il faut alors compter sur les medtechs/biotechs telles que SuperSonic Imagine (50 M euros) et TxCell (16 M euros). Mais pas seulement. En témoignent les IPO de Fermentalg (40 M euros), qui produit des huiles et des protéines issues de microalgues, et d’AwoX (25 M euros), le spécialiste des objets connectés. En mai et juin, Pixium Vision et Viadeo continuent de donner des couleurs aux marchés financiers, avec des p.i.p.e respectifs de l’ordre de 35 et 45 M euros. Au total, entre janvier et juin, on compte pas moins de quatorze opérations conclues par les pépites françaises sur la Bourse.

Voluntis, lauréat avec 20,75 M euros

Par effet miroir, le venture capital a l’air bien en peine. Sur les six premiers mois de l’année, seulement neuf tours de table d’une valeur unitaire supérieure à 10 M euros ont été enregistrés en France (cf. ci-contre) – à la mi-année, le rythme d’investissement sur ce segment est donc « en retard », pour ainsi dire, par rapport à ce qui avait été observé sur la pleine année 2013, qui recensait pas moins de 23 tours de plus de 10 M euros. En 2014, seul celui conclu par Voluntis dépasse – tout juste – la barre des 20 M euros. Là encore, on est loin des records observés l’année dernière, avec Crocus Technology (34 M euros), Talend (29 M euros), SuperSonic Imagine (28 M euros), Genticel (18 M euros), Theravectys (15 M euros), TalentSoft (15 M euros), ou bien Vestiaire Collective (15 M euros) pour ne citer qu’eux.

Le capital-risque français reste donc, encore et toujours, celui des petites levées :Capital Finance a dénombré 57 premières ouvertures de capital en 2014, sur les 115 opérations (venture capital et Bourse confondus) qui ont occupé les jeunes pousses depuis janvier. Une part de marché qui flirte avec les 50 %, en ligne avec les niveaux observés historiquement. Le ticket unitaire moyen, qui s’établit à 6 M euros, reflète évidemment la « poussée boursière » des IPO et des p.i.p.e. Il est donc inutile de le comparer à celui de 2013 (3,85 M euros), qui était essentiellement alimenté par les capital-risqueurs.

Le FNA a placé 308 M euros

Opérationnel depuis 2011, le Fonds national d’amorçage n’est évidemment pas étranger à la cote qu’a la France pour les petits tours de table. « A fin mars 2014, le FNA a investi 308 M euros dans seize fonds, depuis sa création. Il a accompagné Inserm Transfert Initiative, Technocom II, Grand-Ouest Capital Amorçage, Emergence Innovation I, Elaôa Alpha Fund, Demeter 3, Irdinnov, Angel Source, CapDecisif 3, Amorçage Technologie Investissement, Partech Entrepreneur, Fonds biothérapies innovations et maladies rares, Emertec 5, Quadrivium, R2V et Auriga Bioseeds I », précise le fonds, qui place des tickets unitaires compris entre 5 et 25 M euros. Bon an, mal an, il est aujourd’hui engagé à hauteur de 50 %. Le rapport annuel de bpifrance Investissement indique que le FNA devrait placer 40 M euros dans deux GPs en 2014.

Selon le Baromètre des Entreprises de Croissance (douzième vague), publié par Croissance Plus et Astorg Partners, les entreprises sondées (a minima 2 M euros de chiffre d’affaires et 10 % de croissance sur les trois dernières années) entendent surtout s’appuyer sur les financements publics, bpifrance en tête, pour nourrir leur croissance. Elles sont 40 % à citer cette réponse (soit 4 points de plus qu’en janvier). Elles sont aussi davantage prêtes à se tourner vers des fonds d’investissement étrangers (18 %, + 5 pts), vers des business angels (12 %, + 2 pts), et vers le crowdfunding (12 %, + 2 pts). Leur attraction à l’égard du private equity dans son ensemble (23 %) et des IPO (6 %) reste inchangée par rapport à ce qu’elle était il y a six mois.

Par Emmanuelle Duten